Bugarach, le jour d'après la fin du monde | Bugarach | Scoop.it
Le jour s'est levé radieux sur Bugarach, comme au premier matin du monde. Après la frénésie des derniers jours, le village censé survivre à la fin du monde prédite par les Mayas a enfin retrouvé le calme. Il ne restait hier matin que les séquelles de l'emballement médiatique inouï qui a vu plus de trois cents journalistes de dix-neuf pays assiéger le village littéralement cerné par les gendarmes. Du champ sur lequel les camions à antenne-relais avaient élu domicile depuis le milieu de la semaine on dirait qu'il a reçu la visite d'Attila. À l'entrée de Bugarach où braient des ânes, la journaliste d'une télévision japonaise enregistre une dernière séquence, le pic en toile de fond. La «Taverne alsacienne» ouverte au débotté pendant deux jours par Gisèle pour nourrir en pain, fromages et pâtisseries maison et abreuver de café la horde de journalistes a fermé ses portes.

Gisèle qui, quand même, repense à ce type, il y a 12 ans : «C'était un genre de médium. Il m'avait dit : vous verrez, un jour Bugarach sera mondialement connu. Je n'y croyais pas et pourtant il avait raison.»

 

Devant la mairie, un groupe de retraités discute de tout et surtout de rien. Plus haut, en direction du col du Linas, Paul peut enfin se balader tranquille. Venu voir le cirque de la veille, il commente, mi-philosophe, mi-goguenard : «Quand on a survécu à tant de connerie humaine, on peut mourir tranquille.»

 

Bugarach va donc pouvoir passer à autre chose. Jean-Pierre Delord, le maire dépassé par les événements qu'il a lui-même en grande partie suscités en alimentant cette abracadabrante histoire de fin du monde, va pouvoir revoir sa copie sur son très contesté projet d'installation d'éoliennes que le commissaire enquêteur a dénoncé début décembre. Bref, la vie continue.