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“Rien n’est à nous“, c’est le titre de ce court poème écrit par Henri-Frédéric Amiel en 1880 et paru dans le recueil “Jour à jour, poésies intimes”. Ces quelques vers pourraient paraître anodins, mais ils font écho à des questions fondamentales, comme celle de l’originalité, véritable clé de voûte de l’édifice du droit d’auteur, qui devient pourtant de plus en plus problématique à l’heure du retweet, du like, de la curation, de l’agrégation, du remix et du mashup.
Officiellement annoncée sur le portail Nantilus de l'Université de Nantes, la première Copy Party, en exclusivité mondiale, va donc bien avoir lieu, mardi 7 mars prochain, à la Bibliothèque Universitaire de la Roche Sur Yon : Sur le site dédié à cette opération, Olivier Ertzscheid, sans qui la Copy Party n’aurait pu avoir lieu, nous explique tout de son histoire, de ses modalités et vous donne des informations pratiques si vous souhaitez vous aussi participer à l’événement. Silvère Mercier publie ce jour de son côté un billet irrésistible, avec un Storify consacré aux outils de la Copy Party qu’il vous faudra apporter si vous souhaitez profiter pleinement des nouvelles facultés que la loi sur la copie privée confère aux usagers des bibliothèques. Car la Copy Party, c’est avant tout une manière de prendre cette loi au mot, qui a introduit le principe que les copies privées, pour être légales, devaient à présent être effectuées à partir d’une source licite...
Le Sénat a voté lundi dernier la loi sur l'exploitation des livres indisponibles du XXème siècle, à partir du texte de compromis issu de la Commission Mixte Paritaire du 1er février dernier. Si à première vue, on peut se réjouir qu’un dispositif existe enfin pour permettre aux bibliothèques de jouer un rôle dans la diffusion des oeuvres orphelines, je voudrais montrer que cet article a hélas toutes les chances de ne constituer qu’une forme de “trompe-l’oeil législatif”, qui sera quasiment impossible à mettre en oeuvre. Ce sentiment est largement confirmé par la lecture du compte-rendu de la Commission Mixte Paritaire, où a prévalu une conception déséquilibrée, et à vrai dire assez inquiétante, du droit d’auteur...
Le député européen du Front national Bruno Gollnisch a déclaré mardi 7 février lors d'une interview diffusée sur Canal + : "je respecte beaucoup les autres civilisations mais j'ai le droit de penser que l'orchestre symphonique, c'est supérieur au tam-tam, même si le tam-tam c'est entraînant". (source : L'Express) petit cours d'organologie...
Fin novembre 2011, nous lancions sur Twitter le projet ISB : Idées Saugrenues pour les Bibliothèques. Il s’agissait de se donner un mois (et des poussières) pour publier quelques idées tantôt capillotractées, tantôt au ras du cheveu, tantôt ondoyantes et tantôt ébouriffées. Une fois sous forme de liste, on peut voir toutes ces ISB comme autant de propositions d’un programme présidentiel ; ou encore comme une liste de bonnes résolutions pour l’année 2012. Parce que tout le monde sait que la fin du monde arrivera bien avant la fin des bibliothèques...
Quand, comme moi, vous n’êtes pas juriste mais que vous êtes appelé à vous intéresser aux questions de droit d’auteur, tout commence bien : le code de la propriété intellectuelle n’est pas bien gros si l’on s’en tient à la propriété littéraire et artistique. La jurisprudence un peu étrange parfois, mais globalement on s’y retrouve. Cela tombe bien car les questions de droit d’auteur sont centrales sur Wikipédia – plus encore sur Commons. Les projets Wikimédia sont – la plupart du temps – extrêmement légaliste, valeur provenant du monde du libre, ce qui se traduit par une application stricte du droit, qu’il faut connaître. Les choses se corsent néanmoins rapidement...
Oui, je sais, il n’y a pas la Russie, à quoi bon l’Australie, peu de Moyen-Orient, trop d’Europe, pas assez d’Asie" regrettait Yves Desrichard dans sa présentation du BBF n°6. Certains d’entre nous ont pu participer à la présentation des pays dans ce numéro. J’avais soumis ma candidature au cas où le Japon, cas difficile à résumer et à présenter serait présent. Cela n’a pas pu être le cas. Qu’à cela ne tienne. Ainsi, malgré la crainte du faux-pas, je prends le risque de donner un aperçu des bibliothèques vues du Japon...
Un récit résolument humoristique de ma vie professionnelle en Normandie et à Jérusalem à la fin du vingtième siècle, avant ma rencontre avec l'internet et mon départ vers San Francisco. La première partie concerne la bibliothèque de Granville, avec sa poussière et ses vieux livres, avant qu'elle ne mue en une belle médiathèque. La deuxième partie concerne deux bibliothèques à Jérusalem, avec ses cartons pour l'une et ses ordinateurs pour l'autre. Ce récit est inspiré d'une mouture ancienne publiée dans un magazine imprimé. Il est dédié à mes collègues passés et présents.
Nous allons voir ensemble la réglementation en France de l’édition, principalement la réglementation en cours avant la révolution de 1789. Car il y’a bien un avant et un après la Révolution française. Il faut savoir qu’à partir du moment où une réglementation s’élabore, une censure s’instaure quel que soit le régime ou pouvoir en place. Après ce n’est qu’une question de forme : censure officielle, officieuse, censure de l’auteur, contrôles divers…. Les formes sont nombreuses et je vous renvoie au petit livre de Jean-Michel Ducomte sur la censure si vous désirez en savoir plus. En ce qui concerne l’imprimerie typographique les autorités civiles et religieuses n’ont pas tardé à mettre leur nez dans ce qui était publié. Imaginez leur crainte quand ils s’aperçurent que l’imprimerie permettait une multiplication rapide et à grande échelle des écrits. Il fallait contrôler tout cela. Et pour cela il existe deux façons d’intervenir : accorder à l’éditeur un monopole sur un texte pour une durée limitée (le privilège) et la censure (avant avec l’examen du manuscrit et après publication).
Le fait de voir exerce sur nous une influence telle que nous avons du mal à détacher les yeux d’une exhibition sexuelle. Pourquoi? Il existe une pulsion, dite scopique, qui consiste chez les humains à vouloir “voir” pour “posséder”. Raison pour laquelle de nombreux mythes disent que l’oeil est “mauvais”. Le fait de voir est si proche du fait de posséder qu’il suffit parfois bien souvent de regarder une femme nue ou des amants pour se sentir excité(e)… Voir, c’est jouir. Voir, par projection ou identification, c’est entrer dans le corps de l’autre. Ce qui explique peut-être pourquoi, à travers le monde entier, on retrouve des contes ou des mythes qui parlent d’un tabou: “Ne me regarde pas”...
"Chaque fois que les oeuvres d'un écrivain célèbre entrent dans le domaine public, la propriété littéraire redevient un sujet de conversation entre gens du métier. Puis un journal ne tarde pas à s’emparer de la question, et il organise une enquête. C’est le Siècle, cette fois, qui a lançé cette circulaire et récolté les opinions. Alfred de Musset, dont les droits d’auteur expiraient le 3 mai 1907, fut le prétexte. On est censé connaître la loi ; cependant, pour plus de prudence, la voici : “La durée des droits accordés par les lois antérieures (1793, 10 ans ; 1810, 20 ans ; 1824, 30 ans) aux héritiers, successeurs irréguliers, donateurs ou légataires des auteurs, compositeurs ou artistes, est portée à 50 ans à partir du décès de l’auteur.” Ce délai, demande notre confrère, est-il suffisant ? Doit-on l’augmenter ? L’opinion commune, parmi les hommes de lettres, est que le délai est insuffisant. Plusieurs d’entre eux pensent même que la propriété littéraire devrait être perpétuelle. Comme je ne suis ni du premier avis, ni surtout du second, je demande à présenter quelques observations à ces “propriétaristes” trop convaincus...
Les différentes étapes dans la fabrication artisanale de papier chiffon de lin vergé, ses dégradations et les moyens de le conserver.
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La Copy Party approche ! C’est le 7 Mars 2012. A 18h. A la bibliothèque universitaire de La Roche sur Yon (85). Avec l’aide d’un certain Olivier Ertzscheid… Une première mondiale. Tout simplement. Voici donc des infos et un storify, et n’oubliez pas le site officiel ! Sur twitter c’est #copypartyPourquoi une Copy-Party ? Je l’ai expliqué dans un précédent billet, il ne s’agit en aucun cas d’un appel au piratage, mais d’une manière d’ouvrir le débat sur le rôle des bibliothèques dans un cadre légal et sur la rémunération de la création en phase avec les pratiques actuelles
Dans son excellent blog S.I.Lex, Calimaq discute la nouvelle loi, relative à l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle, du point de vue des bibliothèques. Il montre que, à l'évidence, les prétendues mesures en faveur des bibliothèques sont vides de tout contenu réel.
L’exploitation des auteurs morts par les Majors de la culture nuit à la création, empêchant la diffusion d’une traduction, ou la représentation d’une pièce de théâtre. Le domaine public est en train de disparaître, on le cède irrationnellement à des Majors. Les licences libres constituent-elles la seule alternative pour les auteurs qui ne souhaitent pas que « leur mort nuise » à l’exploitation de leurs œuvres et au domaine public ? Il y a urgence à soutenir de nouveaux entrepreneurs innovants sur de nouveaux modèles de diffusion, respectueux des auteurs et de leur public.
Je vous propose une synthèse des actions à mener pour un bibliothécaire qui souhaite lancer une ressource numérique dans sa bibliothèque. Les nombreux échanges avec nos clients et le congrès de l’ABF 2011 démontrent en effet que les bibliothécaires sont très peu (in)formés sur ce sujet clé.
L’idée que l’écran est un retour au « rouleau » médiéval n’est pas d’une grande originalité. À preuve, l’horrible verbe « scroller » qui désigne, en sabir informatique, l’usage de l’ascenseur situé à droite de l’écran pour faire défiler une page en ligne ou un fichier texte. Pour ceux qu’amuse l’archéologie du livre, le mot se réfère au geste des lecteurs du Moyen Âge déroulant verticalement le rotulus (le scroll anglais) — par opposition à ceux de l’Antiquité, dont les rouleaux (volumen en latin) défilaient latéralement (ce sens de lecture s’est d’ailleurs maintenu, je crois, pour les rouleaux de la Torah). Je soumettrai à l’Académie la possibilité d’employer les verbe rotuler et voluminer. Le premier surtout s’imposerait, vu la forme de la molette que l’on utilise aujourd’hui sur les souris. Le rapprochement entre l’écran et le rouleau est amusant, mais un peu oiseux, bien qu’il ait des conséquences intéressantes et souvent soulignées sur la façon de lire (la page rassure l’œil sur la durée de l’effort à produire, alors que le rouleau ou l’écran obligent à inventer d’autres repères). Mais il y a une caractéristique plus fondamentale de la production littéraire médiévale qui me semble ravivée par les outils numériques et la circulation des textes sur Internet : les notions d’œuvre et d’auteur naviguent dans un certain flou.
Le film décevant de Clint Eastwood m’aura au moins appris un fait que confirme Natalie Robbins dans le FBI et les écrivains, dont la lecture s’annonce passionnante : à savoir que John Edgar Hoover avait calqué le système d’indexation tentaculaire des dossiers du FBI sur le catalogue de la bibliothèque du Congrès, à l’élaboration duquel il avait participé durant ses années d’étude. L’une des meilleures scènes du film est précisément celle où le jeune Hoover fait visiter ladite bibliothèque à sa future secrétaire et lui montre, dans une tentative de séduction maladroite, les avantages de l’indexation par vedettes-matières. Dans la lueur de démence qui passe alors dans son regard se profile le grand rêve paranoïaque d’un monde orwellien où à terme tous les citoyens seraient fichés, où l’existence de chacun se trouverait circonscrite dans un rectangle de bristol rangé avec des milliers d’autres dans un tiroir, à sa bonne place. De la manie du classement à l’obsession paranoïaque et fascisante de l’ordre, il n’y a qu’un pas ; et voilà qui jette soudain une ombre sur la bibliothèque même, comme si l’avènement d’une société du contrôle était déjà virtuellement contenu dans une « innocente » cote d’indexation.
Difficile parfois de se souvenir que les grands auteurs furent aussi des parents d'enfants aux demandes d'enfant... Ici, c'est F. Scott Fitzgerald qui prend la plume, pour expliquer deux ou trois choses à sa fille de 11 ans. Des mots tout en douceur que présente List of Notes. C'est assez fou, tout de même, cette approche du romancier : les choses dont il faut se préoccuper, celles dont il ne faiut pas se préoccuper, et les choses auxquelles il faut penser. Presque une nouvelle approche du poème de Kipling, If, qui se conclut par Tu seras un homme, mon fils. Ici, Fitzgerald aurait presque pu dire : Tu seras heureuse, ma fille...
Si vous avez l'habitude de travailler en étant déconnecté, par exemple dans le train, l'avion ou chez votre grand-mère qui pour une raison paranormale ne capte aucun réseau WiFi ou 3G en PLEIN CENTRE-VILLE (putain, mémé !!!!), vous devez pleurer lorsque vous avez besoin d'aller vous documenter sur Wikipédia.Et pourtant, Wikipedia est consultable totalement hors ligne ! Voici comment...
Les professionnels du choix ou du dessin de caractères s'accordent pour dire que ceux-ci doivent être tels un verre de cristal : un contenant qui sublime le contenu, tout en restant parfaitement transparent. La question du choix de la police de caractères se pose fatalement pour les jeux vidéo qui sont un support faisant appel encore aujourd'hui beaucoup au texte. Il faut noter que les graphistes confirmés choisissent souvent une police de caractère au feeling parce que "le rendu est bien" et qu'il s'agit d'une raison tout à fait professionnelle.
Aujourd’hui, cependant, en plus d’honorer la mémoire d’un grand disparu, nous aurons la satisfaction de réparer une injustice. L’homme de l’escalier 2011 est un géant de l’informatique, quelqu’un dont le travail de pionnier a ouvert une voie nouvelle dans l’histoire des technologies de l’information. Il est mort en 2011, et je vous prie de chasser la pensée qu’il pourrait s’agir de Steve Jobs, qui n’est pas trop notre genre : nous saluerons ici Roberto Busa. Le Père Roberto Busa, s.j. Tout le monde s’accorde à reconnaître en lui le pionnier de ce qu’on appelle désormais les Digital Humanities– en français l’« informatique appliquée aux sciences humaines ». Roberto Busa s’est éteint le 9 août dernier, à l’âge de 97 ans, dans une indifférence quasi générale. Il est notre homme de l’année. Il n’y a plus qu’à le faire connaître.
La bibliosphère a récemment bruit d'une intrigante nouvelle : des "pirates" (l'équipe Alexandriz) avaient mis en ligne une copie numérique du roman d'Alexandre Jenni, lauréat du prix Goncourt L’art français de faire la guerre. Et surtout ils y avaient ajouté leur quote-part, en effectuant plusieurs corrections orthographiques. L’histoire interroge cette fois non plus le pirate comme bibliothécaire, mais le pirate comme éditeur ! Sommes-nous ici devant non une numérisation pirate, mais devant une nouvelle édition? Les historiens du livre sont coutumiers de cette situation : après tout, ils étudient avec la même ferveur les œuvres ‘officielles’ des écrivains des Lumières, comme leurs éditions clandestines – parfois augmentées – des éditeurs ‘pirates’ par exemple néerlandais. Et nos bibliothèques recherchent également les éditions princeps et les raretés clandestines de ces éditions anciennes... Et aujourd'hui ?
Incontestablement, 17 filles est un beau film. Les réalisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transposé dans leur ville natale de Lorient l’histoire des dix-huit élèves américaines d’un même lycée de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient défrayé la chronique pour être tombées enceintes toutes en même temps. Leur héroïne, Camille, enceinte par accident, décide de garder le bébé, et persuade ses copines de l’imiter. Elles seront seize à la suivre. Elles concluent un pacte : après avoir accouché, elles habiteront toutes ensemble, s’entraideront, seront enfin adultes et indépendantes. (...) On dira que rien n’obligeait les deux cinéastes françaises au réalisme. « Il s’agit uniquement de notre regard sur ce fait divers », insiste Muriel Coulin (Le Courrier, Genève, 30 décembre). Sauf qu’il y a des films dont la liberté par rapport aux faits, la qualité de réalisation, la stylisation, renforcent encore le regard qu’ils proposent sur la société et sur la vie ; or ici, on a plutôt l’impression d’un hiatus entre les deux, entre la forme et le fond, comme si le talent des sœurs Coulin leur permettait de biaiser avec leur sujet, de camoufler les failles et les ambiguïtés de leur film et du discours dont elles l’entourent dans leurs interviews....
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