la cartagène refleurit en Languedoc, ravivant la tradition d’un apéritif autrefois très populaire. A la faveur d’une certaine liberté d’élaboration, ce vin de liqueur a vu sa palette d’expressions s’élargir et lui ouvrir d’autres vocations. Sa production, disséminée sur toute la région, reste cependant la plus affirmée au pied des Cévennes.La cartagène s’obtient par mutage, opération qui consiste à mélanger de l’eau-de-vie à du raisin frais, appelé aussi moût, en vue d’arrêter le processus de fermentation. Le résultat est un vin doux titrant autour de 16 degrés d’alcool et comportant environ 150 g de sucres non fermentés. Contrairement aux vins de liqueurs institués, comme le Pineau des Charentes, la cartagène n’obéit pas à une fabrication dûment codifiée et se réfère à un mode d’élaboration prôné par son syndicat. Ayant statut légal d’association (créée en 1985), ce dernier préconise un usage de plus de 50% de grenache (noir ou blanc) et pour le reste, des cépages autorisés dans la zone d’appellation en question. Quant à l’eau-de-vie de mutage, elle doit être d’origine réglementée Languedoc (AOR.) D’autre part, la durée minimale d’élevage est fixée à 15 mois.

Bien que suivies sur l’essentiel, ces conditions ne sont pas contraignantes et font que les producteurs prennent quelques libertés pour personnaliser leur cartagène. Il faut également savoir que ce vin de liqueur existe en blanc ou en rouge, suivant les raisins qui le constituent. En fait, les robes ne sont jamais aussi tranchées et se déclinent en teinte vieil or, ambrée ou rosâtre. Quant à l’étymologie du mot cartagène, la plus plausible viendrait du verbe « cartager », signifiant labourer la vigne une quatrième fois, une allusion à l’essence de sa recette : un quart d’eau-de-vie pour un litre de moût (1).

Aujourd’hui, dans le grand Languedoc, sa production annuelle est d’environ 2000 hectolitres, (équivalent de 150.000 bouteilles), concentrée dans le Gard, sur l’aire viticole cévenole, là où œuvre son principal promoteur, la coopérative de Massillargues-Atuech. En dehors de ce foyer, c’est surtout dans l’Hérault que des vignerons, parfois éminents, s’adonnent à cette spécialité. Comme partout ailleurs, ils individualisent leur produit dans la latitude permise par l’absence de cadre officiel d’élaboration. Ainsi, certains choisissent de patiner leur cartagène par un long élevage en fûts (Domaine Galtier, Domaine Le Conte des Floris), tandis que d’autres cherchent, au contraire, à préserver le fruité initial en pratiquant une mise en bouteille précoce (Mas Jullien.)

Si sa vocation traditionnelle d’apéritif va de soi, la cartagène s’est muée en vin d’accompagnement, (presque) partout où la douceur est de mise. Elle offre également une alternative aux liquoreux, lors d’accords classiques (foie gras) ou plus recherchés (mets salés/sucrés), et s’allie avec bonheur avec certains types de fromages, notamment ceux à pâte persillée.