Pourquoi les moelleux et liquoreux du Sud-Ouest ont la cote [Frédéric Guyard]

20 Décembre 2011

Ils volent la vedette aux sauternes. Proches de leurs profils organoleptiques, mais moins élitistes, les blancs « doux » ont le vent en poupe quand les liquoreux de la prestigieuse appellation font profil bas. Jurançon, côtes de Bergerac, dans la catégorie des moelleux, et Monbazillac, dans celle des liquoreux, ont conquis un public amateur de saveurs sucrée/acidulée. « Nos vins sont doux, mais ils ont aussi de la fraîcheur et de la vivacité, explique Bertrand Pedeflous, responsable commercial de la coopérative de Jurançon. Cela tient à leur méthode d’élaboration, le passerillage. Les raisins mûrissent tardivement sur souche. Ils se concentrent ainsi en sucre et en acidité. » Il y a cinq ans, la cave qui commercialise 3 millions de cols de moelleux, soit 70 % du volume de l’appellation, a inauguré des mises en avant en GMS, lors des fêtes de fin d’année. « Elles ont reçu un très bon accueil, poursuit Bertrand Pedeflous. Dès lors, les ventes ont commencé à décoller. »

Dans le bergeracois, Michel Delpon, président du Comité Interprofessionnel des Vins de Région de Bergerac (CIVRB), estime lui aussi que le goût sucré de ces blancs favorise leur succès actuel. « Mieux, ajoute t-il. Ils recrutent une clientèle plus jeune et plus féminine. »

Au goût s’ajoute l’accessibilité prix de cette offre au regard des sauternes. Un cotes de Bergerac affiche un prix moyen de 2,78 €/col, un Monbazillac, 5,78 €/col et un Jurançon 6 €/col, environ. « Les efforts qualitatifs, en particulier la réduction des rendements, ont aussi permis cette ascension », indique Michel Delpon. Au point que les Monbazillac sont, aujourd’hui, leader du rayon vins doux en hypers et supers avec une part de marché de 28,4 % en volume, près d’un tiers des ventes ! Il faut dire qu’il profite d’une remarquable diffusion puisqu’ils se trouvent dans 96 % des magasins en France.

Les MDD, qui se sont emparées de la tendance, contribuent aussi à cette exposition.« Aujourd’hui, toutes les enseignes ont un Monbazillac à marque propre, observe Michel Delpon. De même que les côtes de Bergerac. » Les Jurançon ne sont pas en reste. Intermarché et Leclerc ont été les premiers à s’engouffrer dans la brèche. Monoprix, Cora… ont suivi. « Nous élaborons également des marques réservées pour une bonne partie des enseignes, complète Bertrand Pedeflous. Elles ont des profils distincts, suivant la proportion choisie entre le gros manseng et le petit manseng, les deux cépages qui entrent dans la composition de ces vins. »

L’engouement pour cette offre est telle que dans le Bergeracois, la production des côtes de Bergerac doux s’est inversée au détriment de leurs alter ego en sec : 90 000 hl pour les premiers contre 70 000 hl pour les seconds.