Genre, le désaccord, par Anne Chemin | Archivance - Miscellanées | Scoop.it

La France est sans doute l’un des seuls pays au monde où les esprits s’échauffent sitôt que l’on évoque une réforme, même prudente, de la grammaire ou de l’orthographe. En 1990, la disparition de certains accents circonflexes - voute ou paraitre - et la soudure de quelques mots composés - portemonnaie ou pingpong - avaient fait frémir les puristes : l’aval de la prestigieuse Académie et du Conseil supérieur de la langue française n’avait pas suffi à apaiser la sainte colère des défenseurs de l’orthodoxie. Une petite décennie plus tard, la féminisation des noms de titres et de métiers avait plongé la France dans une bataille linguistique sans merci : lorsqu’Elisabeth Guigou ou Martine Aubry s’étaient fait appeler "Madame la ministre", les Académiciens avaient solennellement demandé l’aide du président de la République "en une affaire qui, dans les hauteurs de l’Etat, porte atteinte à la langue française".