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« On va liquider la pensée en s’en remettant à une machine »

‣ Cynthia Fleury craint que l’informatique ne se substitue totalement aux hommes dans la conduite de leurs affaires publiques autant que privées. Elle pense que le règne des machines est fondé sur l’angoisse métaphysique d’une humanité incapable d’accepter sa finitude. Pour résister à la tentation d’une servitude indéfinie, la philosophe du courage ne croit qu’en l’acte collectif.

Diocèse Alsace's insight:
y a-t-il, dans le présent, des éléments qui vous inquiètent pour l’avenir ?

Cynthia Fleury : Au niveau politique, nous pouvons craindre la fin de la notion d’intérêt public et du sens de l’État, l’obsolescence de la République, parce que beaucoup d’hommes politiques sont structurellement incapables – donc indépendamment de la qualité des personnes – de faire progresser la société, voire d’enrayer le processus de corruption. C’est le régime des fermiers généraux dont l’intérêt est d’empêcher toute réforme, tout progrès, tout compromis social allant dans le sens de l’égalité et de la régulation normale de notre société. Cette chute a sans doute été engendrée par la dérégulation de la finance, par la puissance des nouvelles technologies, par ce que l’on appelle le big data (bases de données massives), qui vident progressivement la décision politique de sa dimension humaine.

Les nouvelles technologies sont-elles si nocives ?

C. F. : Elles peuvent permettre la liquidation de la décision humaine, comme c’est le cas dans le trading à haute fréquence (1), par exemple. L’algorithme devient le décideur. Il se substitue à la décision humaine. Il devient la matrice de 14 000 décisions exécutées en une seconde, alors qu’un être humain a l’obligation éthique d’analyser la situation, d’évaluer les hypothèses d’action, en somme de combiner son intuition, ses principes moraux et ses arguments rationnels… et cela nécessite plus d’une seconde. Je constate qu’un nouveau dogme émerge : le probabilisme, le règne sans partage de la probabilité comme seule source de décision pertinente. Or, la probabilité analyse les données, mais ne pense pas. Seule une machine peut analyser des milliards de données. Mais on est loin du jugement humain. Aujourd’hui, pour être « scientifiquement » le plus juste possible, il faut s’en remettre à l’analyse statistique des données, que seules les machines peuvent réaliser. Espérons que le médecin, demain, n’aura pas l’obligation de tenir compte des probabilités, quant à telle ou telle maladie, afin de déterminer une action thérapeutique.

Cela met-il en cause le propre de l’homme ?

C. F. : Le règne de l’algorithme signe la fin du libre arbitre, donc du choix, donc de la responsabilité, donc de l’éthique… Einstein craignait déjà que l’on conduise le monde de demain avec les solutions d’hier. Or, le système probabiliste poussé à outrance ne fonctionne qu’en analysant du déjà connu, recueilli et conservé de plus en plus massivement sous forme de données informatisées. Ainsi, le qualitatif est dès lors déduit du quantitatif. Ce qui fait extraordinairement peur, car les ordinateurs ne vont pas pour autant « penser » à notre place. On va donc liquider la pensée – qui est liée au jugement – en s’en remettant à une machine qui fait des probabilités. Dans un monde totalement informatisé, à quoi bon penser ? Pis encore, pour qu’un être humain utilise une machine de la façon la plus efficace, il faut qu’il fonctionne lui-même comme une machine. Ce n’est pas la machine qui va s’humaniser, c’est l’homme qui se « machinise », certes de façon très sophistiquée. C’est une évolution contre laquelle nous sommes prévenus, de façon prophétique, depuis longtemps.

C’est-à-dire ?

C. F. : Métaphysiquement, la « machinisation » de la vie humaine est le fruit lointain de l’incapacité de l’homme à accepter sa finitude. Aujourd’hui, l’enjeu humain n’est plus la liberté, c’est l’immortalité. Une immortalité d’esclave est devenue préférable à la liberté d’un homme fini. L’homme moderne n’est pas arrivé à sublimer sa finitude. Il préfère le quantitatif au qualitatif. Il préfère mille ans d’ennui à cinquante ans de vie intense. Or, cette longévité est devenue techniquement envisageable, grâce à la génétique ou aux nanotechnologies, ce que révèlent des expressions comme « homme réparé », « homme augmenté »… On passe ainsi de l’homme libre, mais fini, à l’homme indéfini – je ne dis pas « infini » ! –, mais subordonné aux machines. Jusqu’à présent, on pensait que la conscience de la liberté était le fondement de l’humanité. Mais l’humanité comme incarnation de la conscience de la liberté n’intéresse presque plus personne, depuis quelques années.

Comment qualifier cette idéologie de l’homme indéfini ?

C.F. : C’est du scientisme, une révolution positiviste maximale, une atteinte à la notion même de métaphysique. C’est faire de la machine une idole qui nous dira, en dernière instance, que le pourquoi sera intégralement expliqué par le comment. Par exemple, c’est expliquer l’esprit par l’imagerie du cerveau. Tout ceci renvoie à la vieille question de la servitude volontaire, car, dans un premier temps, la servitude volontaire sera plus performante, elle aura l’illusion de « gagner ». C’est la prophétie de Nietzsche : les esclaves prennent la main, car ils deviennent plus performants. Allier à ce point l’asservissement et la performance, c’est l’idéal du robot, ce qui nous promet un devenir « machinique ».

Outre la pensée, quelles sont les fonctions humaines menacées par cet avènement ?

C. F. : Se souvenir a beaucoup perdu de son intérêt pour tant de gens. La mémoire, qui est une des bases de la transmission, est marginalisée. Aujourd’hui, pour les adolescents, l’enjeu n’est plus d’apprendre, donc de se souvenir, puisqu’ils vont pouvoir se greffer une encyclopédie sur la tête. À un moment donné, on va cesser de considérer le plagiat, le copier-coller, comme un problème. De même, jusqu’à présent, écrire à la main était un geste de la pensée. Écrire est déjà apprendre, mémoriser et penser. Ici se joue une transformation de la manière de penser, ce que l’on voit très bien avec les jeunes gens qui ne comprennent pas l’intérêt d’avoir une hypothèse pour penser et qui préfèrent l’information livrée sans discussion par Internet.

Peut-on résister à cette déshumanisation ?

C. F.: La résistance individuelle demande une telle abnégation, une telle prise de risque, une telle radicalité, une telle transgression… Elle demande de ne pas avoir peur de mourir, dans tous les sens du terme, c’est-à-dire socialement, économiquement, physiquement… Or, nous sommes dans un monde matérialiste, au sens où le corps a pris la main sur l’âme. Résister à cette évolution, c’est se lancer dans une expérience cynique à la façon de Diogène. Qui, aujourd’hui, prend seul ce risque? Cependant, c’est ici qu’une certaine idée de la politique, de l’acte collectif, de l’obligation de défendre une certaine régulation, garde tout son sens. Face au découragement individuel, il faut se rappeler que l’exemplarité relève aussi d’une fabrication collective, de « quelquesuns » regroupés, soudés, organisés, issus de sphères civiles différentes. La démocratie se nourrit de l’irremplaçabilité des individus.

(1) exécution automatisée et à grande vitesse de transactions financières réalisées par des algorithmes informatiques. dEmaIN : Quand l’urgence dévore le temps de vivre.

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Les Églises suspendent les négociations sur la restitution des biens

Les représentants des Églises de République tchèque ont annoncé, mi-mars, la suspension des discussions avec le gouvernement

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Ouvertes fin 2013, elles visaient à aménager la loi de restitution des biens confisqués aux Églises pendant la période communiste. Feuilleton législatif ininterrompu depuis 1989, cette loi avait été adoptée en novembre 2012, sous l’égide de la coalition de droite. Elle prévoit de rendre à 16 Églises du pays 56 % de leurs biens confisqués par le régime communiste, ainsi que le versement d’une compensation de 2,15 milliards d’euros. S’appuyant sur la crise économique, les sociaux-démocrates élus en 2013 ont finalement remis en cause ce texte.

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Le pape François s’agenouille pour se confesser

SÉbAStIEN MAILLARd (à Rome)

Diocèse Alsace's insight:

Au cours d’une veillée pénitentielle organisée de manière inédite dans la basilique Saint-Pierre de Rome vendredi soir dernier, au cœur du Carême, le pape s’est lui-même agenouillé, appuyé au confessionnal, pour se confesser à un prêtre franciscain, avant d’aller donner personnellement ce sacrement de la réconciliation à plusieurs fidèles. Ouvrant l’initiative « 24 heures pour le Seigneur » et prépae rant spécialement au 4 dimanche de Carême, dit du laetare (« réjouissez-vous »), cette « fête du pardon » a été l’occasion pour le pape, qui a fait de la miséricorde de Dieu la devise de son pontificat, de signifier la joie qui ressort de la confession. Celle-ci permet de revêtir « l’homme nouveau ». Le livret de la veillée, distribué par le Vatican, proposait un schéma pour un examen de conscience afin d’aider chacun à se préparer à recevoir le pardon. Le matin, le pape a invité les confesseurs à « beaucoup travailler » sur leur humanité « pour ne jamais être un obstacle » à ce sacrement.

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Comment l’école catholique veut enseigner la morale

Comment l’école catholique veut enseigner la morale | Alsace Media | Scoop.it

‣ Le Comité national de l’enseignement catholique a voté vendredi à l’unanimité un texte portant sur la « formation morale ». 

‣ Il s’agit d’anticiper l’entrée en vigueur, en 2015, de l’enseignement moral et civique prévu par la loi de refondation de l’école. 

‣ L’objectif est d’amener les élèves à renforcer leurs capacités de discernement au contact des principes du vivre-ensemble, ceux de la loi républicaine comme ceux de l’anthropologie chrétienne.

Diocèse Alsace's insight:

Vincent Peillon avait d’abord vanté le retour à l’école de la « morale laïque ». Puis, dans sa loi de refondation, cette formulation a cédé la place à un autre intitulé, plus consensuel : les nouveaux programmes du primaire et du collège, qui entreront respectivement en vigueur en 2015 et 2016, devraient ainsi intégrer un « enseignement moral et civique ». Il n’en demeure pas moins, pour les établissements catholiques, une question essentielle : dans quelle mesure enrichir cet enseignement des principes évangéliques ?

Pour y répondre, le Comité national de l’enseignement catholique a voté vendredi à l’unanimité un texte d’une quinzaine de pages, intitulé « École catholique et formation morale » et préparé depuis septembre par un groupe de travail regroupant professeurs, éducateurs, chefs d’établissement, directeurs diocésains et parents d’élèves. « Il ne s’agit pas d’amener les élèves à apprendre des règles par cœur ni de leur inculquer un corpus extérieur mais bien de construire le sujet moral en chacun d’eux », justifie Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique. « Cela suppose un croisement entre un questionnement, intérieur ou collectif, et un certain nombre de principes à la base du vivre-ensemble, qu’ils relèvent de la loi républicaine ou de l’anthropologie chrétienne. »

Car, Pascal Balmand en est convaincu, « si le questionnement moral n’est pas l’apanage des chrétiens, l’approche chrétienne de la morale a quelque chose à apporter à chacun, dans le respect absolu de la liberté de tous » . Le document met ainsi en valeur « l’éclairage de la foi chrétienne » s’agissant des « fondements de la fraternité » , du « témoignage de l’amour » ou encore de « l’expérience du mal » .

Parce que l’école doit proposer « une expérience complète, où les enseignements reçus sont mis à l’épreuve de la vie » , la formation morale « a pour visée de former des personnes libres et autonomes, capables d’assumer pleinement leur responsabilité personnelle et sociale » . Cela suppose, poursuivent les auteurs du texte, de « transmettre la loi, d’en favoriser la compréhension et d’exercer chacun au sens critique en vue d’une appropriation responsable » .

Ce texte, d’une portée générale, sera complété par une vingtaine de fiches beaucoup plus concrètes. Là encore, il ne s’agit pas de livrer un kit de prêt-à-penser mais, comme le souligne Pascal Balmand, de « partir de situations précises pour fournir aux équipes des outils de dialogue » . Et le patron de l’enseignement catholique d’évoquer le sujet du pardon après une dispute entre camarades, ou encore celui de la triche. Ces documents devraient voir le jour à l’automne prochain et pourront venir immédiatement en appui dans la formation des futurs professeurs. Pour Pascal Balmand, « cette démarche permet de formaliser ce que portent de longue date les établissements catholiques », qui revendiquent « une attention toute particulière à la personne de l’élève prise dans sa globalité » .

Précisément, « en mettant l’accent sur la morale, en liant plus étroitement instruction et éducation, l’éducation nationale s’engage, d’une certaine manière, sur les terres exploitées par l’enseignement catholique, lequel se devait donc de réagir » , note Bruno Poucet, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Picardie. Pour lui, le document s’inscrit aussi dans une dynamique consistant, depuis des années, à réaffirmer le « caractère propre » des écoles catholiques. «  Quand bien même il ménage une grande ouverture, d’autant plus indispensable que seule une minorité de familles choisissent l’enseignement catholique pour des raisons religieuses. » Bruno Poucet souligne l’évolution par rapport à une note du secrétariat général datant de 1961, année d’adoption de la loi Debré, qui affirmait : « Dans l’école catholique, la morale enseignée ne peut être que chrétienne, c’est-à-dire fondée sur la doctrine catholique, avec référence aux données de la révélation. »

Dans quelle mesure les établissements catholiques peuvent-ils aujourd’hui, d’un point de vue juridique, adapter l’enseignement moral et civique à leur propre démarche philosophique et pastorale ?

« Les établissements sous contrat d’association avec l’État sont tenus d’appliquer les horaires et programmes définis par l’éducation nationale », rappelle Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire. «  Compte tenu des emplois du temps déjà surchargés, cet enseignement ne sera pas une discipline à part entière, avec des heures de cours hebdomadaires. Il est de plus peu probable que le Conseil supérieur des programmes cherche à définir très précisément ses contenus, s’agissant, en particulier, du respect de la laïcité, évoqué dans la loi de refondation. L’enseignement catholique devrait donc pouvoir, sans difficulté, proposer à son public une formation morale qui tienne compte de ses valeurs » , estime ce fin connaisseur du système éducatif.

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Comment donner du sens à une peine de prison ?

Comment donner du sens à une peine de prison ? | Alsace Media | Scoop.it

Pasteur Brice Deymié Aumônier protestant national des prisons (1) Recueilli paR Loup Besmond de senneviLLe

Brigitte, aumônier, visite un prisonnier à Fleury-Mérogis. Moine Divergence « Le rôle de l’aumônier est de donner une place au détenu pour permettre une reconstruction », affirme Brice Deymié.

Diocèse Alsace's insight:

« Lorsqu’une peine est prononcée par un juge, elle suspend en quelque sorte le condamné à du vide. En effet, elle correspond à un temps – deux ans, cinq ans, quinze ans – qui ne porte aucun sens en lui-même. De ce fait, les personnes condamnées n’envisagent l’avenir qu’au-delà de ces années qu’elles doivent passer en prison. Tout l’enjeu est donc de parvenir à donner un sens, un contenu à cette peine. Tous recherchent un sens à leur peine, du petit délinquant au grand criminel. Or, l’on donne aux prisonniers des occupations, mais ces dernières n’ont rien à voir avec le sens d’une peine. Trouver un sens à sa peine signifie trouver des raisons qui justifient un changement : Pourquoi ai-je tourné la page ? Pourquoi passerai-je à autre chose lorsque je sortirai ? Dans l’Ancien Testament, Dieu a un projet pour l’homme : il le conduit à marcher vers ce projet. C’est le sens de la marche du peuple juif dans le désert. Mais nous, quel projet avons-nous pour ces hommes-là, condamnés, à part l’enfermement ? Ce projet peut passer par une punition, mais cela ne suffit pas. Il faut tisser du lien là où quelque chose a été rompu avant l’entrée en prison. Pour cela, la reprise des études et l’accès à la culture font partie des points essentiels.

Souvent, le détenu connaît une immense précarité. En famille et à l’école, il a connu l’échec. Personne ne lui a jamais dit qu’il avait du prix aux yeux de quiconque. Or, Dieu est celui qui nomme la personne en lui disant :“Tu es important à mes yeux .” Ainsi, le rôle de l’aumônier est de donner une place à cette personne pour permettre une reconstruction et préparer la sortie de prison. Il ne s’agit pas de dispenser une leçon de morale, mais de proposer une redécouverte intérieure : en se rendant compte qu’il a de la valeur, le détenu changera aussi le regard qu’il pose sur la victime, en la considérant comme une personne et non plus comme un objet.

Il faut arrêter de placer des gens en détention en établissant un temps standard que l’on applique uniformément à tout le monde. C’est pourquoi je crois beaucoup à l’individualisation des peines, tel qu’elle est proposée dans un projet de loi qui doit être examiné bientôt par les députés. L’individualisation des peines signifie que tous les détenus vivent une peine unique, particulière, adaptée. Sans cela, on prend le risque d’une humiliation de la personne détenue, et donc d’une victimisation. Or, si le condamné s’identifie comme victime de la société ou de l’administration pénitentiaire, il peut oublier pourquoi il est en prison. »

(1) Punir, restaurer, guérir. Regards croisés sur la justice restaurative, sous la dir. de Frédéric Rognon et Brice Deymié, L’Harmattan, 170 p, 10 €.

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Le negro spiritual, une autre manière de prier

Le negro spiritual, une autre manière de prier | Alsace Media | Scoop.it

BiBault Le P. Serge gougbèmon dirige le chœur lors d’un concert en l’église Saint-Marcel, à Paris, en mai 2013.

Diocèse Alsace's insight:

Dans la chorale Pic’Pulse, à Paris, des jeunes découvrent le souffle puissant qui traverse les negro spirituals. Ils font l’expérience d’un chant né au temps de l’esclavage, qui convoque leur être tout entier

Ce jeudi, comme chaque semaine, ils se retrouvent chez les Picpusiens, dans le 12e arrondissement de Paris, pour une répétition exigeante. Les chefs de pupitre, capables de lire des partitions, arrivent les premiers. À 19 heures, sous la direction d’une responsable de la chorale qui donne le ton et bat la mesure en claquant des doigts, ils travaillent avec patience et rigueur les premières portées de deux negro spirituals mis au répertoire d’un prochain concert.

 

À 20 heures, ils sont rejoints par une centaine de choristes. La répétition générale débute alors par un temps d’échauffement de la voix. « Non non non, oui oui oui », vocalisent les choristes. Puis, le P. Serge Gougbèmon, chef de chœur, prend les choses en main, avec une énergie communicative. Il fait d’abord travailler Elijah Rock . Les sopranos 1 et 2. Puis les altos 1 et 2. Et ensuite les ténors et les basses. Puis, c’est le tour de How Can I Keep From Singing . L’être tout entier semble convoqué, communier dans une joie toute en retenue. Un souffle puissant traverse ces chants.

Vient ensuite le temps d’un travail plus spécifique, par voix, avec les chefs de pupitre. Présence attentive, le P. Serge circule d’un groupe à l’autre, vérifie la justesse du rythme, des nuances… avant de réunir à nouveau le chœur pour répéter une dernière fois, ensemble. La soirée se termine par un « pot » préparé à tour de rôle par un pupitre, pour permettre aux choristes de mieux se connaître. Ce soir, les basses et les ténors, autrement dit les « garçons », numériquement moins nombreux, ont apporté cocktails, fruits, bonbons… En attendant la répétition suivante, tous devront travailler seuls les chants, en écoutant la ligne vocale correspondant à leur pupitre qui leur sera envoyée sous la forme de fichier MP3.

« Le negro spiritual est un chant très technique et un registre vocal extrêmement étendu, explique le P. Serge. Chanter ensemble a cappella exige beaucoup de travail. »  élégant dans son costume bien coupé, ce prêtre de la congrégation des Sacrés-Cœurs de Picpus, 45 ans, est à l’origine de ce chœur un peu particulier. Sa première expérience de chorale, il l’a connue à Nancy. Envoyé au début de sa vie religieuse dans une cité du nord de la ville, le Haut-du-Lièvre, ce fils de musiciens, qui a grandi « entre la France et le Bénin », avait cherché comment rejoindre les jeunes qui ne venaient plus à l’église parce qu’ils s’y « ennuyaient ». Le film Sister Act avec Whoopi Goldberg faisait alors un tabac. L’idée avait germé de monter une chorale gospel. « Les répétitions avaient lieu à la MJC, un espace ouvert où ils ont appris à écouter et à chanter tout en découvrant la Bible, se souvient-il. Lorsque j’ai été ordonné en 2004 à Notre-Dame de Paris par le cardinal Lustiger, ils ont chanté avec la maîtrise de Notre-Dame. »

Le chœur Pic’Pulse (1) naîtra d’un même souci d’évangélisation. Devenu enseignant de philosophie à l’Institut catholique de Paris et aumônier des grandes écoles, le jeune picpusien s’est en effet demandé « comment rejoindre les autres jeunes, socialement nomades, et leur permettre de vivre une expérience spirituelle » . En réponse, il a fondé le « réseau Picpus » dont il est l’aumônier, qui propose différentes activités artistiques, culturelles et spirituelles. Pic’Pulse qui regroupe plus de 120 jeunes, étudiants et jeunes professionnels, en fait partie.

« J’apprécie l’exigence de la chorale », confie Cyril Becquart, 28 ans, directeur technique d’une start-up, ténor et catholique «  pas vraiment pratiquant. Le côté ouverture à l’autre est aussi très important. Et surtout, j’apprécie de pouvoir renouer avec la foi sans que cela me soit imposé. Chanter Glory to God, c’est une manière comme une autre de prier. »

Cette dimension spirituelle est aussi très importante pour Marie-Odile Rochette, 32 ans, coordinatrice logistique et catholique pratiquante, qui fait partie « des altesses », comprendre les alti 1. « Ce qu’on chante, dit-elle,ce n’est pas rien. Il y a la Bible et l’histoire des esclaves noirs américains qui est derrière. Je suis d’origine antillaise, cette histoire de passage par la souffrance, d’espoir par-delà les angoisses d’atteindre la lumière, je la chante avec tout mon être. Et quand nous chantons des gospels – gospel ça veut dire Évangile –, cela veut dire que tous les jeudis, nous la proclamons. Cela me donne une vraie joie ! »

Pour permettre à chacun, proche ou non de l’Église, de comprendre ce qu’il chante, les chefs de pupitre prennent le temps d’expliquer. « Connaître d’où viennent ces chants, par qui ils ont été écrits, à quel passage biblique ils font référence, de quelle espérance ils sont porteurs, cela change tout », constate Myriam Perriaux, 23 ans, chef de pupitre soprano, qui traduit les chants et fait partie de la petite équipe qui mène des recherches en amont. Le P. Serge rappelle aussi le sens des textes, souligne quand les paroles ont une certaine gravité.

« On n’est pas dans la joie facile… on n’est pas là pour chanter Oh Happy Day  », dit-il alors. Il fait de même avec le public, lors des concerts conçus comme des parcours.

« Le negro spiritual, comme le gospel, c’est la Parole de Dieu, résume-t-il. Si j’aide les jeunes, mais aussi le public à se l’approprier, ils peuvent se laisser transformer par elle. »

Juriste en entreprise, et animatrice paroissiale, Marie Gillouard, 31 ans, est sensible à cette cohérence. Chef de pupitre soprano, soliste à l’occasion, elle a commencé à chanter dans la chorale paroissiale dirigée par son père en Bretagne. Elle a ensuite pris des cours de chant, et participé à différentes chorales, mais sans s’y sentir tout à fait à sa place. Depuis qu’elle a rejoint Pic’Pulse, elle peut, dit-elle, « exprimer tout ce qu’elle porte au fond d’elle-même ». « Ces chants qui nous ont été transmis à travers le temps sont comme des psaumes. Venues d’autres, leurs paroles rentrent en moi, me parlent dans ma vie d’aujourd’hui. Elles deviennent paroles vivantes qui me travaillent, m’ouvrent un chemin. Quelque chose se dit aussi à travers la musique qui donne forme à cette prière. »

 

(1) ww.reseau-picpus.com/picpulse/vous-avez-dit- picpulse

 

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Le pape François fait de la confession une fête | La-Croix.com

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Une veillée pénitentielle présidée dans l’après-midi du vendredi 28 mars par le pape à la basilique Saint-Pierre doit aider à vivre dans la joie le ...
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Sourds-muets et aveugles en fête avec le pape François | La-Croix.com

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Six mille personnes sourdes-muettes ainsi que plusieurs centaines de non-voyants ont été reçus en audience samedi 29 mars par le pape.
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Un effet pape François sur les vocations jésuites ? | La-Croix.com

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Alors que la tendance générale était à la baisse ces trente dernières années, le nombre de novices jésuites a connu une légère hausse l’année dernière. Au ...
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Unité et diversité de l’Église sur Internet

Accusé par un musulman d’avoir porté atteinte au prophète Mohammed lors d’une discussion, Sawan Masih, un chrétien de Lahore, a été condamné à mort, jeudi 27 mars, en vertu de la loi sur le blasphème. 

Diocèse Alsace's insight:

Cette loi de 1988 est défendue par les islamistes. Les peines capitales sont rarement exécutées au Pakistan, mais des centaines de condamnés croupissent en prison.

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L’Église anglicane « accepte pleinement » la loi sur le mariage des couples de même sexe

« L’Église d’Angleterre ne s’opposera plus au mariage homosexuel chez ses fidèles »,a déclaré l’archevêque de Cantorbéry, le Dr Justin Welby, au journal The Guardian, à la veille de l’entrée en vigueur, samedi 29 mars, de la loi autorisant le mariage de couples de même sexe en Angleterre et au pays de Galles. 

Diocèse Alsace's insight:

« Je crois que l’Église (anglicane) a réagi en acceptant pleinement qu’il s’agit désormais d’une loi, et qu’elle doit réagir, à partir de samedi, en continuant à démontrer – en paroles et en actes – l’amour du Christ pour chaque être humain », a poursuivi le Dr Justin Welby. Cette déclaration marque « un changement de ton, sinon de substance », observe le journal, l’Église anglicane ayant toujours figuré parmi les principaux opposants au texte et rappelé son attachement à « la compréhension traditionnelle » du mariage, ainsi que son soutien aux unions civiles qui « offrent aux couples homosexuels les mêmes droits et responsabilités que les couples hétérosexuels mariés ». Mais cette nouvelle position est contestée au sein même de l’Église anglicane à l’échelle mondiale, certains de ses membres menaçant de « quitter l’Église d’Angleterre » en cas de bénédiction des couples de même sexe, ce que n’envisage pas à ce stade le Dr Welby.

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A Cholet, une « veillée du pardon » pour repartir en paix

FLORENCE PAGNEUX (à Cholet, Maine-et-Loire)

‣ Alors que le pape François a appelé à une « fête du pardon », le doyenné de Cholet organisait vendredi soir dernier une veillée pénitentielle. 

‣ L’occasion de redonner du sens à un sacrement souvent délaissé par les chrétiens.

Diocèse Alsace's insight:

Les chants et les psaumes, accompagnés à la guitare, réchauffent peu à peu l’atmosphère de l’église Sainte-Bernadette de Cholet, dont l’architecture moderne rappelle la forme d’une tente. Le doyenné y organisait vendredi soir une « veillée du pardon », au moment où le pape François invitait les diocèses du monde entier à célébrer le sacrement de réconciliation, et peu après un appel de l’évêque d’Angers à redécouvrir la confession individuelle. Pour autant, cette soirée n’est pas une première. « Nous avions lancé cette initiative il y a dix ans à Angers, à la demande d’une jeune fille de 17 ans qui avait vécu cela aux Journées mondiales de la jeunesse, explique le P. Jo Gohier, curé des paroisses Sainte-Bernadette et Saint-Louis de Cholet. On veut montrer que c’est une joie de déposer sa vie devant le Seigneur dans ce qu’elle a de beau comme de difficile. »

Dans l’assistance, ce soir-là, la moyenne d’âge est plutôt élevée et les expériences liées à la confession, pas toujours positives. « Les anciennes générations en ont une mauvaise image, poursuit le P. Gohier. Elles étaient obligées de s’y plier et c’était vécu comme une mainmise de l’Église sur leur vie. » Marie-France, retraitée dans la campagne choletaise, qui voyait ce sacrement comme une « corvée » quand elle était enfant, avait fini par s’en détourner. Aujourd’hui encore, la confession individuelle demeure pour elle exceptionnelle. Mais elle apprécie de prendre du temps pour « rechercher ce qui est à améliorer dans sa propre vie, surtout dans une société où tout semble permis » .

Durant cette veillée, pas question de forcer quiconque à se confesser. Les paroissiens ont le choix entre se recueillir devant le Saint-Sacrement, écrire une prière ou une demande de pardon, écouter des chants dans une chapelle attenante ou bien oser la rencontre avec un prêtre. Discrètement installés devant des tables éclairées par une bougie, plusieurs prêtres se tiennent à l’écoute. Parmi eux le P. Benoît Cibrario, curé de deux paroisses rurales près de Cholet, chargé d’organiser cette veillée, constate que « des gens redécouvrent ici un sacrement qu’ils avaient délaissé pendant trente ou quarante ans ». Lui aussi avait vécu une très mauvaise expérience de confession à l’âge de 14 ans. « Des années plus tard, j’ai fini par rencontrer un prêtre humain, intelligent, qui n’était pas dans le jugement. Devenu prêtre à 42 ans, je fais à mon tour très attention à cet acte à la fois intime et merveilleux. »

Marie-Laure, retraitée à Cholet, s’est prêtée à cet examen de conscience pour marquer un temps fort de son Carême : « Je ne le vois pas comme un moment d’accusation mais comme un soutien dans notre marche vers Dieu et les autres. » L’une des rares jeunes femmes de l’assemblée, Alice, étudiante de 20 ans, ne regrette pas d’avoir franchi le pas.

« J’avais déjà vécu cette démarche dans des pèlerinages à Lourdes, raconte-t-elle. Mais je suis heureuse de la vivre en tant qu’adulte. Cela permet de repartir en paix. » Eugène, venu avec sa femme Bernadette, se sent lui aussi plus léger. « Quand on était plus jeune, c’était très rituel et très formel, se souvient-il. Mais ce soir, c’est comme si je m’étais réconcilié avec ce sacrement… »

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« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent »

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » | Alsace Media | Scoop.it

Gaillard/rEutErs En novembre 2013, les Restos du cœur organisent une distribution alimentaire à Nice.

«Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Luc 16, 13).

Diocèse Alsace's insight:
Faut-il choisir entre Dieu et l'argent ?

C’est surtout dans l’Évangile de Luc que l’on voit Jésus dénoncer les pièges de l’argent, plus particulièrement dans les chapitres 12 à 16. « L’évangéliste des pauvres » recueille en des ensembles bien structurés les enseignements du Maître sur ce thème et en souligne le radicalisme. L’affirmation « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent » apparaît dans un ensemble de paroles sur le bon et le mauvais usage de l’argent. Cet ensemble est encadré par deux paraboles : celle de l’intendant astucieux (16, 1-9), qui met en scène un gérant mis à pied par son propriétaire et qui profite de son ultime pouvoir pour abaisser les dettes des débiteurs de son maître pour préserver son propre avenir ; celle du riche et de Lazare (16, 19-31) qui trace le portrait contrasté d’un homme qui vit dans le faste et d’un pauvre qui vit à sa porte : les deux sont emportés dans la mort, mais leur situation s’inverse.

Jésus ne condamne pas l’argent en soi mais il met en garde ses auditeurs contre la manière dont l’argent peut changer le cœur de l’homme. Ses propos ne sont pas d’abord d’ordre moral, mais bien religieux. Celui qui est préoccupé par ses richesses n’a guère d’autre centre d’intérêt que de protéger ses biens : Dieu n’a guère de place dans son existence, et il ignore, voire méprise, ceux qui sont dans la détresse. Il croit être en sécurité mais il reste mortel et il ne pourra rien emporter dans sa tombe de ce qu’il a accumulé (Luc 12, 16-21). Il place sa confiance dans une idole qui ne sauve pas et qui pervertit les liens humains au lieu de les renforcer. L’homme doit donc choisir qui il veut servir : le Dieu qui libère ou « l’argent trompeur » (littéralement le « Mamon d’injustice », lire ci-dessous) qui aliène la liberté humaine.

La prospérité n'est-elle pas signe d'une bénédiction ?

L’opposition radicale dressée par Jésus entre Dieu et l’argent étonne, dans un contexte de la foi d’Israël qui a longtemps porté une appréciation positive sur les richesses matérielles, celles-ci étant considérées comme un signe concret de la bénédiction du Créateur. Cette conviction se déploie aussi dans un contexte où la croyance d’un après la mort n’avait pas encore émergé. Tout se jouant ici-bas, durant la vie terrestre, il était naturel de considérer les richesses et les misères des hommes comme la récompense ou la punition de leur comportement religieux et moral.

Les prophètes de l’Ancien Testament remettent en question cette idée (lire cidessous) . Ils constatent que de nombreuses fortunes se sont bâties sur l’injustice, aux dépens des petits et des pauvres et en concluent que la réussite économique personnelle ne peut être un critère d’appréciation de la qualité de la relation de chacun à Dieu. D’où leurs critiques sévères des pratiques qui permettent aux riches de s’enrichir au détriment des pauvres et qui ont pour conséquence de rompre la solidarité entre les membres du peuple que Dieu s’est choisi. La colère prophétique tonne contre les riches qui ne restituent pas aux pauvres la part de bénédiction à laquelle ils ont droit (Amos 5, 7-15 ; Isaïe 10, 1-3 ; Jérémie 5, 26-28) : ils accaparent pour eux seuls des bienfaits dont le peuple entier doit profiter.

Plus tard, au retour de l’Exil (538 av. J.C.), les sages approfondissent le rapport à la richesse (lire ci-dessous) . Tout en reconnaissant que les biens matériels correspondent – sauf acquisition injuste – au projet de Dieu qui veut que tous les hommes soient heureux et qu’ils bénéficient de conditions de vie justes et agréables, ils savent que les hommes peuvent facilement se laisser prendre au piège des richesses. Ils rappellent alors qu’une juste et profitable utilisation des richesses nécessite que l’on fasse preuve de modération, de prudence et de discernement. Ils disent aussi avec force qu’il y a des biens supérieurs aux simples richesses matérielles : la santé, une bonne réputation, l’honnêteté (Siracide 30, 14-16 ; Proverbes 22, 1 ; 28, 6). Ils invitent leurs contemporains à se méfier des biens mal acquis qui « ne te serviront de rien au jour de l’adversité » (Siracide 5, 8) ou des enrichissements trop rapides (Proverbes 13, 11).

Quand Jésus s’exprime au sujet de la richesse, il reprend les termes de la critique prophétique pour mettre en garde contre les dangers de l’argent. Il se situe aussi dans le prolongement de la tradition de sagesse pour qui l’argent en soi n’est ni bon ni mauvais : tout dépend de l’usage que l’homme en fait.

Que veut dire : "Faites-vous des amis avec l'argent trompeur" ?

C’est par ces paroles que Jésus conclut la parabole du gérant habile. « Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Luc 16, 9). Jésus ne suggère pas que l’amitié pourrait s’acheter. Mais un bon usage de l’argent peut susciter des relations amicales durables : l’argent, malgré son ambiguïté, peut être mobilisé en vue d’une finalité bonne et peut produire des fruits spirituels pour le monde futur. Jésus enseigne que l’argent est un moyen, pas un but. L’argent peut être un moyen pour se rapprocher du Royaume de Dieu. Les disciples de Jésus sont dès lors invités à inventer des usages de l’argent qui servent les liens entre les personnes et contribuent à renforcer la solidarité.

Qui est appelé à vendre des biens ?

La vigilance s’adresse à chaque chrétien. C’est également à chacun d’eux que Jésus s’adresse en expliquant que les réalités de ce monde sont périssables, soumises à aléas, et que personne ne peut emporter ses richesses en mourant. D’où son appel : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » ( Matthieu 6, 19-21).

Jésus appelle aussi certains qui veulent le suivre à renoncer à leurs biens, à vendre ce qu’ils possèdent et à en donner le fruit aux pauvres. « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suismoi », propose-t-il à un jeune homme qui « avait de grands biens » (Matthieu 19, 21-22). Cette pauvreté choisie, qui reste un des piliers de la vie religieuse, est une manière de contester la prééminence de l’argent et la réussite matérielle et de manifester que Dieu, révélé en la personne de Jésus, poursuit son œuvre de libération. Elle est inséparable d’un engagement pour une plus grande justice sociale, pour un partage plus équitable des ressources mises à disposition de l’homme.

Des mots à comprendre

Mamon : Dans la langue de Jésus, ce nom désigne la richesse, mais il a une connotation d’emprise, d’asservissement. Celui qui s’attache à ses possessions matérielles court le risque de se retrouver possédé par le dieu argent. Jésus met donc en garde ses auditeurs contre cette idole qui asservit l’homme et l’éloigne des chemins de la justice.

Prophète : Les prophètes sont des messagers appelés par Dieu pour annoncer et interpréter sa parole. Lorsque le peuple d’Israël s’égare, ils lui rappellent sa vocation de peuple élu. Leurs propos sont souvent vifs et ils n’hésitent pas à tancer, même les puissants. Ils savent aussi encourager et consoler le peuple d’Israël. Dans la Bible on les classe traditionnellement en deux groupes : les quatre grands « prophètes écrivains » (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel) et les 12 « petits prophètes » : Amos, Osée, Michée, Sophonie, Nahoum, Habacuc, Aggée, Zacharie, Malachie, Abdias, Joël, Jonas.

Exil : Il s’agit de l’époque de la déportation – en plusieurs vagues – du peuple d’Israël à Babylone de 722 avant notre ère jusqu’en 538 quand Cyrus, le roi de Perse, autorisa le retour des Juifs dans leur pays. C’est aussi à cette période que le Temple de Jérusalem fut détruit. Les prophètes y ont vu le jugement de Dieu et annoncé un retour à Jérusalem et la reconstruction du Temple. De nombreux textes de l’Ancien Testament ont été écrits après le retour d’exil.

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« Si le corps est prisonnier, l’âme est libre »

« Si le corps est prisonnier, l’âme est libre » | Alsace Media | Scoop.it

PinOGES/CiRiC Le P. Bruno Chenu.

Diocèse Alsace's insight:

Dans un livre de référence, le P. Bruno Chenu rappelait que les negro spirituals, psaumes poignants de souffrance humaine, sont aussi des hymnes irrésistibles d’espérance chrétienne

«  Cette musique est l’honneur de l’humanité parce qu’elle est le cri de la conscience , écrivait Bruno Chenu. Le negro spiritual a franchi toutes les frontières, porteur d’un grand souffle de dignité et de liberté pour tous les opprimés de la terre, car il constitue une parabole universelle de l’existence humaine.  »

Théologien assomptionniste, rédacteur en chef religieux de La Croix de 1988 à 1997, l’auteur – décédé en 2003 – était fasciné par le peuple noir américain, par son histoire. «  Tellement de souffrance qui débouche sur tellement de foi et de lutte pour la liberté !  », disait-il. Dans Le Grand Livre des negro spirituals  (1), il retrace l’histoire de la traite des esclaves et explique comment ceuxci, venant d’Afrique, ont choisi le christianisme, pourtant religion de ceux qui les écrasaient.

Il avance à ce sujet deux raisons : la traite des Noirs a été vécue par eux comme une défaite de leurs dieux, il fallait donc apprivoiser la puissance manifeste du dieu blanc. Par ailleurs, aux XVIIIe

et XIX siècles est apparu le christianisme des Réveils religieux, qui ressemblait à la religion africaine : vibrant, exubérant, avec beaucoup de musique, des prédications enflammées, jusqu’à la transe collective.

L’essentiel de l’ouvrage est cependant consacré aux negro spirituals qui, explique Bruno Chenu, expriment la manière dont les esclaves noirs ont su articuler militance et prière. Ils « sont les psaumes d’un peuple en exil qui se lamente, qui loue, qui remercie son Dieu au milieu de son dur combat, écrit-il. Ils sont l’espace libéré d’un peuple opprimé qui refuse à tout jamais d’enchaîner son cœur. Ils sont une Bible mise en musique par des gens illettrés, mais burinés et purifiés par l’épreuve. Ils sont l’armure d’un peuple meurtri mais jamais désespéré. Ils ne prêchent pas une doctrine mais racontent une histoire simple, édifiante, exemplaire. À travers eux, c’est toute une communauté qui affirme son existence devant Dieu et devant les hommes . »

Pour comprendre comment ces chants disent en musique la grande aspiration de la communauté n oire a ss e r vie, quelques clés de lecture sont cependant nécessaires. L’auteur en fournit plusieurs. À commencer par la place centrale de l’Ancien Testament, et notamment du récit de l’Exode. Si, pour les Blancs, l’Amérique est une nouvelle Terre promise, pour les esclaves noirs, il s’agit de l’Égypte, du pays de l’oppression. Moïse est donc souvent mentionné. D’autres figures aussi : Josué, qui a pris la ville de Jéricho, Samson qui a trucidé des milliers de Philistins, David qui tua Goliath, ainsi que des personnages prophétiques : Élie, Ézéchiel, Jonas, Daniel, les enfants hébreux, Job. «  Ces êtres qui se situent à des périodes bien différentes de l’histoire leur fournissent des exemples forts du comportement à adopter dans une situation d’asservissement , écrit le théologien.Mais le plus important de tout est qu’à travers toute cette histoire de hauts et de bas, de défaites et de victoires, Dieu demeure le même . »

Quant au Nouveau Testament, le discours de Jésus repéré par les esclaves est le Sermon sur la montagne, qui peut fournir une ligne de conduite pour la vie entière. Ils sont aussi subjugués par le grand spectacle de l’Apocalypse qui véhicule un message définitif : l’injustice ne triomphera pas.

Dès lors, quelle image de Dieu expriment ces chants ? «  Dieu est d’abord celui qui crée et prend soin de sa création. Il est celui qui appelle l’homme et va jusqu’à le libérer. En toutes circonstances, il réconforte les pauvres êtres humains et exauce leurs prières. Finalement, il rendra justice au jour du Jugement  », résume Bruno Chenu. «  La parole des Actes des apôtres (Ac 10,34-35) est au cœur de la foi noire , ajoute-t-il. La délivrance n’est qu’une question de temps, et elle est même déjà à l’œuvre au cœur du croyant qui refuse d’intérioriser la servitude. Si le corps est prisonnier, l’âme est libre.  »

1) Bayard (2000). Est adjointe au texte de Bruno Chenu une anthologie de 210 Spirituals en anglais, et un CD de 18 spirituals chantés par la chorale de Moses Hogan.


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Le vote catholique, le Front national, et la politique | Une foi par semaine

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Maïti Girtanner, de la Résistance au pardon | La-Croix.com

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Cette grande figure spirituelle, connue pour avoir pardonné à celui qui fut son bourreau pendant la guerre, s’est éteinte le 28 mars.
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Le prêtre qui danse pour Dieu | La-Croix.com

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