Le jeu trouble du Qatar aux côtés des djihadistes en Afrique du Nord | 1fo | Scoop.it

Allié à la France en Libye contre Kadhafi, le Qatar censé être l’allié des puissances occidentales, est aussi un allié des djihadistes en Afrique du Nord. A quoi joue l’émirat gazier ?


En Libye, l’intervention franco-anglaise, relayée par l’Otan, avait reçu le soutien diplomatique et militaire du Qatar, l’une des monarchies du Golfe persique les plus influentes, grâce à son immense richesse pétrolière. Même alliance en Syrie, où le Qatar aide la rébellion contre le régime Assad, sous l’œil bienveillant des Occidentaux.


Au Sahel, c’est l’inverse. Le Qatar finance Ansar Dine, le groupe islamiste touareg …


Afrik.com, citant «des sources humanitaires concordantes», affirme que le Qatar aurait des liens très puissants avec le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).


«Le pays du Golfe, connu pour sa richesse liée à l’exploitation du gaz, fournirait des armes et de l’argent au groupuscule terroriste, qui a notamment menacé la France d’organiser des attentats sur le sol français, pour acheter du matériel militaire», écrit le journal électronique.


S’il n’y a encore aucune preuve d’un financement direct du Mujao par le Qatar, admet Philippe Hugon, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris, France), «ce qui est à peu près sûr, c’est que les organisations humanitaires et ONG liées à l’Etat du Qatar, sans que celui-ci montre sa responsabilité, financent des réseaux terroristes présents au Nord-Mali», ajoute le spécialiste du Mali au même journal.


En juin 2012, »Le Canard Enchaîné » avait publié un article intitulé »Notre ami du Qatar » finance les islamistes du Mali, citant une source au sein de la Direction du renseignement militaire français (DRM) qui révélait que :


«Les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), les mouvements Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar.»


Le petit Émirat chercherait à devenir un acteur influent en Afrique du Nord, où il dispose déjà de puissants relais au sein des pouvoirs, notamment en Tunisie et en Libye, et dans la région du Sahel africain.


Le Qatar est la deuxième monarchie wahhabite du monde, à côté de l’Arabie saoudite.


Les wahhabites instaurent la charia (loi islamique) partout où ils le peuvent. Ils l’ont fait au nord du Mali où ils coupent les mains des voleurs et lapident les femmes « infidèles ». Le Mali nous rappelle que le wahhabisme est un intégrisme qui n’a rien à envier à celui des talibans en Afghanistan, et sur lequel Paris, Londres et Washington ont la fâcheuse tendance à fermer les yeux. Au nom des pétrodollars injectés par milliards dans l’économie occidentale.


Cette cécité provoque l’inquiétude en Tunisie où un parti islamiste dit « modéré » est au pouvoir et où il tente de faire reculer – de plus en plus brutalement – la laïcité. Le site tunisien Kapitalis.com lance un cri d’alarme :

« Il devient urgent pour l’Occident de revoir sa diplomatie à l’égard des pays d’Arabie et du Golfe ! La realpolitik avec les pétro-monarques, qu’aucun n’ose contrarier pour la manne qu’ils déverseraient dans l’économie française et ailleurs en Occident, doit avoir pour limite la paix et la sécurité des peuples. Or le but des pétro-monarques, et plus particulièrement des Ibn Saoud, est de convertir le monde entier au wahhabisme, puisque le roi croit à son rôle messianique. »


Quand on se rappelle que la chute du nord du Mali est concomitante à celle de Kadhafi, et a été provoquée avec des armes (et des hommes) venus directement de Libye, on se dit qu’il y a, effectivement, matière à réflexion sur les alliances de circonstance nouées par la France.


Sources : Kapitalis.com / DNA / Le Journal du Siècle


Via Damoclès